Pourquoi tant de prudence ?
Une huile essentielle, c'est le résultat de la distillation d'une grande quantité de plante. Quelques millilitres concentrent ce que contenaient des kilos de feuilles ou de fleurs. Certaines molécules qu'on y trouve peuvent irriter la peau, provoquer des allergies, rendre la peau sensible au soleil ou, à forte dose, agir sur le système nerveux ou le foie. Le camphre, la thuyone, le menthol ou le 1,8-cinéole font partie des composants qui appellent une vigilance particulière.
L'Anses, l'agence de sécurité sanitaire, a fait le point sur les cas signalés aux centres antipoison dans un numéro de sa revue de vigilance intitulé « Huiles essentielles : à utiliser avec précaution ! ». Les situations décrites sont souvent banales : un flacon laissé sur une table de chevet, une confusion avec un collyre, une application trop généreuse.
Grossesse et allaitement
Pendant la grossesse et l'allaitement, la règle la plus simple est aussi la plus sûre : pas d'huile essentielle sans l'avis d'un médecin, d'une sage-femme ou d'un pharmacien. Les données de sécurité manquent pour la plupart d'entre elles, et certaines molécules passent dans la circulation sanguine ou dans le lait. Cela vaut pour l'application sur la peau comme pour la diffusion ou l'inhalation.
Les enfants, premiers concernés
Les jeunes enfants représentent une part importante des expositions accidentelles. Leur peau est plus fine, leurs voies respiratoires plus étroites, leur poids bien plus faible. Une quantité qui ne poserait aucun problème à un adulte peut entraîner chez eux des troubles sérieux.
- N'appliquez pas d'huile essentielle sur un bébé ou un jeune enfant sans avis médical.
- Évitez de diffuser dans la chambre d'un enfant, et jamais en sa présence s'il est petit.
- Ne mettez jamais d'huile essentielle près du nez ou du visage d'un nourrisson.
- Méfiez-vous des flacons à bouchon compte-gouttes : un enfant peut les porter à sa bouche en quelques secondes.
Épilepsie, asthme et terrains particuliers
Certaines huiles contiennent des molécules dites neurotoxiques, capables à forte dose de favoriser des convulsions. Les personnes ayant des antécédents d'épilepsie ou de convulsions doivent donc demander conseil à leur médecin avant tout usage, y compris en diffusion.
Pour les personnes asthmatiques ou souffrant d'une maladie respiratoire chronique, les composés volatils libérés dans l'air peuvent irriter les bronches. La diffusion et l'inhalation sont à discuter avec un professionnel de santé. Il en va de même en cas d'allergies connues, notamment aux parfums, ou de traitement médical en cours : certaines huiles peuvent interférer avec des médicaments.
Les animaux aussi
Les chats sont particulièrement sensibles : leur foie élimine mal certains composés présents dans les huiles essentielles. Les oiseaux, avec leur système respiratoire très efficace, le sont tout autant. Les chiens et les rongeurs ne sont pas à l'abri. Ne diffusez pas dans une pièce où vit un animal, n'appliquez rien sur son pelage, et laissez-lui toujours la possibilité de quitter la pièce. Pour un usage chez l'animal, seul le vétérinaire peut vous conseiller.
La peau : diluer et tester
La plupart des huiles essentielles ne doivent pas être appliquées pures sur la peau. On les dilue dans une huile végétale neutre, à faible concentration. Certaines, comme celles de cannelle, de girofle ou d'origan, sont connues pour être très irritantes. Les essences d'agrumes, obtenues par pression des zestes, peuvent rendre la peau sensible au soleil : évitez toute exposition après application.
Avant une première utilisation, faites un test au pli du coude. Déposez une goutte du mélange dilué, attendez au moins vingt-quatre heures, et observez. Rougeur, démangeaison ou brûlure : n'insistez pas.
Quelques réflexes complètent ce test :
- jamais dans les yeux, le nez, les oreilles ni sur les muqueuses ;
- lavez-vous les mains après manipulation ;
- en cas de projection dans l'œil, rincez à l'eau claire et appelez un centre antipoison ou un médecin.
L'ingestion : à éviter sans avis
Avaler une huile essentielle n'a rien d'un geste anodin. Certaines sont autorisées en cuisine, à doses infimes, pour aromatiser un plat, comme nous l'expliquons dans notre article sur les plantes aromatiques en cuisine. Mais la prise par voie orale dans un autre but ne doit pas se faire sans l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien. Les erreurs de dosage sont fréquentes, et une goutte de trop peut suffire à provoquer des troubles digestifs ou neurologiques.
Ranger, étiqueter, garder les emballages
Rangez vos flacons comme des médicaments : en hauteur, dans un placard fermé, hors de vue et de portée des enfants. Gardez-les dans leur emballage d'origine, avec la notice, et fermez-les bien après usage. Ne transvasez jamais une huile dans un flacon qui pourrait prêter à confusion, comme un collyre ou un sirop. Conservez-les à l'abri de la chaleur et de la lumière, qui altèrent leur composition.
En cas d'accident
Si quelqu'un a avalé une huile essentielle, en a reçu dans les yeux ou présente une réaction inquiétante, ne faites pas vomir et ne donnez rien à boire. Contactez un centre antipoison : ils répondent jour et nuit, et vous trouverez leurs coordonnées sur le site des centres antipoison et de toxicovigilance. Gardez le flacon à portée de main pour indiquer précisément le produit en cause. En cas de détresse, de malaise ou de convulsions, appelez le 15.
Pour la diffusion dans la maison, qui obéit à ses propres règles, nous avons rassemblé quelques bons réflexes pour diffuser chez soi.